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Être bien chez soi: quand l'environnement bâti devient une thérapie

La santé

Être bien chez soi: quand l'environnement bâti devient une thérapie

  • Date:
    18/2/2021
  • Auteur:
    Catherine Fontaine-Lavallée

Il y a un an, nous étions bien loin de nous douter que notre train quotidien serait bouleversé quelques semaines plus tard. La longévité de la crise surprend également. Bientôt douze mois que nos habitudes, nos carrières et nos vies sociales - bref nos vies, simplement, suivent le rythme d’une pandémie mondiale. Mentalement, l’hiver pèse plus lourd que d’habitude sur la population qui a dû se résoudre à vivre entre les mêmes quatre murs. Pas de loisirs, de sorties ou encore de cours et de travail en présentiel (pour certaines personnes). Attention, nous sommes habitués à passer beaucoup de temps à l’intérieur : avant la pandémie, l’habitant moyen passait déjà 90% de son temps à l’intérieur ! [1] Ce qui est différent ces derniers mois, c’est le fait de passer tout notre temps au même endroit. De plus, 81% de la population canadienne vit en milieu urbanisé [2], ce qui affecte grandement la grandeur de nos logements et la disponibilité d’espaces extérieurs. Nous saisissons maintenant l’importance de notre « chez-nous », notre environnement, dans nos vies.

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Les changements apportés par le virus laisseront des traces plus profondes dans notre société qu’il n’y paraît. Regardons le bon côté des choses : les grandes crises sanitaires du passé ont permis de révolutionner l’urbanisme des grandes villes. Les égouts et les systèmes de canalisation, précurseurs des réseaux sanitaires, ont été instaurés après la pandémie de choléra provenant de l’eau souillée stagnante. Les grands boulevards européens comme les Champs Élysées, à Paris, n’ont pas toujours été présents dans le paysage urbain ! Ces grandes artères ont été développées pour aérer les villes et permettent une distanciation des habitants après la pandémie de peste noire. Quels seront les changements apportés par la Covid ? Nous pouvons déjà penser à l’importance de la qualité de l’air des bâtiments. D’autres besoins croissants sont en lien avec la biophilie - le besoin de connexion avec la nature, et la vie en extérieur, comme l’établissement de terrasses chauffées dans les centre-villes et nos cours.

L’importance de notre environnement bâti sur notre santé, mentale et physique, n’est pas négligeable. Une fois nos besoins primaires remplis (manger, boire, dormir, etc), le besoin d’un environnement sécuritaire, stable et sans source d’anxiété est le suivant en importance. [4] Ce besoin en sécurité est suivi de près par notre besoin d’appartenance. Cette appartenance, en architecture, se traduit par le lien émotionnel que nous développons envers notre environnement, mais aussi les liens que crée l’environnement bâti entre les gens. Ainsi, l’environnement bâti contribue globalement à notre bien-être et à notre épanouissement. C’est bien plus qu’une question de couleur de mur !

L’environnement bâti, au-delà de la décoration et de l’esthétisme 

« We shape our buildings and afterwards our buildings shape us » - Winston Churchill
[Nous façonnons nos bâtiments puis nos bâtiments nous façonnent]. - Traduction libre

Winston Churchill avait mis le doigt sur un aspect fascinant de l’architecture et du design : le lien entre l’environnement bâti et notre cerveau. Nos sens sont à l’interface entre notre personne et notre environnement extérieur. Les stimuli que nous percevons affectent notre manière d’être, nos émotions et nos gestes. Étonnamment, nos perceptions sont également modelées par l’action de notre corps. [5] Notre environnement n’est pas qu’un décor; il nous manipule. En temps de Covid-19, il nous confine ! La luminosité, la circulation de l’air, l’ergonomie de nos espaces et bien d’autres facettes du design architectural peuvent affecter notre cognition, notre capacité à résoudre des problèmes et notre humeur. [6] Par exemple, les enfants performent mieux à leurs examens  dans une salle de classe éclairée avec une lumière naturelle. De plus, le jeu de lumière et d’ombre dans une pièce serait plus qu’esthétique : la sensitivité de nos yeux aux changements de lumière influence notre vigilance. [7] Sans nous en rendre compte, les neurosciences cognitives et comportementales sont intimement liées à notre environnement bâti. Il n’est d’ailleurs pas étonnant qu’autant de ménages aient décidé d’effectuer des rénovations dans leur habitation depuis le début de la pandémie ! La cour extérieure avait une grande importance l’été dernier - il fallait vivre dehors pour se rencontrer. Et depuis l’automne, il est plutôt question d’ajuster notre environnement pour favoriser notre nouveau mode de vie et diminuer les irritants que nous remarquons à force de passer tout notre temps à l’intérieur. 

Les connaissances scientifiques sur le lien entre notre environnement et notre santé s’accumulent et servent de base à la création de designs qui peuvent désormais s’appuyer  sur la méthode scientifique. John P. Eberhard écrit dans un article scientifique de 2006 que les neurosciences permettent de créer des salles de classe qui supportent les activités cognitives des enfants, des chambres d’hôpital qui améliorent le rétablissement des patients, et plus encore [4]

Au-delà de la Covid-19 : l'environnement bâti et la santé humaine

La Covid-19 nous a permis de réaliser l’importance du rôle de notre environnement dans la dynamique de transmission de maladies. Il était si difficile de se distancier entre individus, à l’école ou au travail, que les entreprises et les écoles ont dû être fermées. La reprise des activités se fait par étapes, avec une variété de mesures complémentaires à la transformation de l’environnement bâti. La Covid-19 laissera certainement des traces permanentes dans le monde architectural : Nicolas Labrie, architecte et fondateur de LabNco, s’y intéresse. Il participe au projet de recherche COVIDesign Montréal en tant que aviseur. Les effets de l’environnement sur la santé, humaine et animale dépassent la pandémie. Les effets directs sont ceux qui affectent la santé du corps, p.ex. la facilitation des circulations actives comme les escaliers et l’augmentation du confort. Les effets indirects agissent plutôt sur la santé mentale, p.ex. l’ajout d’une source de lumière naturelle ou la création d’un mur végétal pour répondre à notre besoin de nature. Selon le WELL building standard, dont LabNco est accrédité, l’amélioration de la santé humaine et du bien-être grâce à l’architecture passent par 10 catégories de besoins. Ces catégories incluent des besoins évident comme la qualité de l’air et de l’eau, mais également ceux liés à l’environnement sonore et les contaminants pour ne nommer que ces exemples.

Image 1 - Les 10 catégories du WELL building standard.

Si la pandémie est d’actualité, le rôle préventif et thérapeutique de l’environnement bâti sur la santé touche aussi les maladies chroniques.[3] Activer notre corps en promouvant l’activité physique plutôt que l’inactivité est bénéfique à la fois pour la santé mentale et le système immunitaire [8-9]. De plus, l’urbanisme, le design architectural à grande échelle, a un impact important sur les habitudes de vie de la population, par exemple la qualité de l’offre alimentaire présente dans les quartiers d’une ville. Celle-ci affecte indirectement la santé cardiovasculaire de la population qui créera des habitudes de vie autour de cette offre. Avec quelle facilité pouvons-nous accéder à une épicerie de quartier en comparaison à un restaurant de type fastfood ? L’humain est une créature de routine, et l’urbanisme tout comme l’architecture ont le pouvoir de modifier ses comportements. L’exemple de la qualité de l’offre alimentaire n’est qu’un enjeux parmi plusieurs adressés par différents courants tels que le healthy urbanism et les conscious city. Cet aspect sera développé davantage dans de prochains articles de blogue. 

Finalement, comme mentionné précédemment, la santé mentale requiert une importance aussi grande que la santé physique des individus. Nous savons que les habitants du milieu urbain souffrent davantage de dépression et d’anxiété comparativement aux gens qui vivent en campagne. La gestion du trafic, de la pollution et du bruit, la création d’espaces verts ou extérieurs, la règlementation de rues piétonnes ou la densité d’habitants dans les tours à logement sont tous des exemples de facteurs pouvant affecter, de façon positive ou négative, notre santé mentale.[5] Il est de la responsabilité des architectes, urbanistes et décideurs de revoir nos villes et espaces de vie en les recentrant sur l’humain et ses besoins.

L’environnement bâti, c’est bien plus qu’une question de décor !

Sources :
  1. Rapport Europe 2013 de l’OMS, Agence américaine de protection environnementale https://www.euro.who.int/__data/assets/pdf_file/0020/248600/Combined-or-multiple-exposure-to-health-stressors-in-indoor-built-environments.pdf 
  2. Perspective Monde, Université de Sherbrooke. Chiffres de 2018. Consultation le 17 février 2021. https://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMTendanceStatPays/?codeStat=SP.URB.TOTL.IN.ZS&codePays=CAN&codeTheme=1
  3. N. P.-W., A. J. et N. M. W. (2018) The impact of the built environment on health behaviours and disease transmission in social systems. Philosophical Transactions B, 373(1753).
  4. Pyramide de Maslow, Wikipedia https://fr.wikipedia.org/wiki/Pyramide_des_besoins
  5. S.Gepshetin and J. Snider (2019) Neuroscience for architecture: The evolving science of perceptual meaning. PNAS, 116(29), pp14404-14406.
  6. E.M. Sternberg, M.A. Wilson. (2006) Neuroscience and Architecture: Seeking Common Ground. Cell, 127(2), p239-242.
  7. J.P. Eberhard. (2009) Applying Neuroscience to Architecture. Neuron, 62(6), p753-756.
  8. Scartoni FR, Sant'Ana LO, Murillo-Rodriguez E, et al. Physical Exercise and Immune System in the Elderly: Implications and Importance in COVID-19 Pandemic Period. Front Psychol. 2020;11:593903. Published 2020 Nov 19. doi:10.3389/fpsyg.2020.593903.
  9. Khosravi M. COVID-19 quarantine: Tow-way interaction between physical activity and mental health. Eur J Transl Myol. 2021;30(4):9509.
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